Dirty
Dirty The only thing I listen to is indie music. Always forget my earplugs before a show.

Carla del Forno - You Know What It’s Like

Carla del Forno - You Know What It’s Like

Blackest Ever Black (2016)

Carla dal Forno a le pouvoir de vous envelopper dans une noirceur rassurante, de celles qui vous caressent et vous font dire que la tristesse et le bonheur se sont pas des états si éloignés que ça.

L’Australie est un vaste pays dont la majeure partie est inhabitée, quelques tribus aborigènes subsistent encore ça et là, mais on va pas se mentir c’est en majorité dépeuplé au centre. C’est de cette immensitude désertique que s’échappent les notes de musique d’une auteure-compositrice qui a déjà tout d’une grande.

C’est un disque qui creuse au plus profond tout en restant très simple et dépouillé, il fleure bon l’ennui et la claustrophobie, c’est parfait pour l’hiver. Pourtant il y a cette lumière qui s’en dégage, cette petite voix de sirène qui essaie de vous envouter pour vous attirer dans les profondeurs, pendant que les violoncelles vous lacèrent gentiment les tripes.

Et ça marche, la jeune femme réussit parfaitement à dessiner les contours d’un univers qui renvoie inlassablement à une introspection, une contemplation du vide, à cette pesanteur qui vous paralyse. Un état stable et inquiétant.

Sur Fast Moving Cars, on comprend qu’on est pas les seuls à trouver que notre monde va trop vite, puis sur DB Rip, c’est l’estocade, on est projeté chez Philippe K.Dick et on se demande à quoi rêvent les androïdes. Le dépaysement est radical.

What you gonna do now? nous demande ensuite la jeune femme, imperceptiblement. Bonne question.

Et bien déjà pendant l’espace de trente minutes, on va prendre le temps, se poser et se laisser porter par ces enregistrements de sons fugaces, ces nappes, et autres percussions qui orchestrent cette cacophonie tranquille, cette pluie sèche.

L’oppressant The Same Reply et sa rythmique processionnaire viennent clore cet étonnant aparté et laissent place à un silence, un vide, qui ne sont plus tout à fait les mêmes à présent. Non y’a pas photo, l’écoute de ce disque calme, ça calme bien même. Beach House à côté ça fout la pêche.

Attention donc aux âmes sensibles, même sans déguisement, Carla Dal Forno peut faire flipper, même si on se familiarise volontiers avec le côté obscur de la force.