Dirty
Dirty The only thing I listen to is indie music. Always forget my earplugs before a show.

Lina Tullgren - Won

Lina Tullgren - Won

Captured Tracks (2017)

Il est des tumultes apaisants. Ainsi en va-t-il pour ceux de Lina Tullgren.

Repérée par Captured Tracks à la suite de la sortie en 2015 d’un premier EP bricolé à la maison avec un pote d’enfance et passé totalement inaperçu, la native du Maine sort au mois de septembre son premier album. Et nous nous en réjouissons : Lina évolue maintenant au sein d’un véritable groupe et ça s’entend, le son est forcément plus ample et plus étoffé. Mais que ça ne vous empêche pas d’aller apprécier son travail précédent, au hasard le très épuré et bien nommé Older.

Les premiers extraits laissent entrevoir une belle évolution et une parenté plus manifeste avec ses aînées Julie Doiron, Laura Veirs voire Angel Olsen pour le côté, “j’suis timide mais je me soigne”. À ce propos, Lina explique que la photo zarbi un peu dégueu de la pochette représente l’expulsion métaphorique d’un ectoplasme. Et non ce n’est pas une référence aux insultes proférées par le Capitaine Haddock.

La jeune femme a en effet le chic pour exorciser ses démons dans une intimité infiniment réconfortante, de celles qui vous caressent et vous font vous sentir vivant, tout simplement. On aurait tout aussi très bien pu entendre une de ces chansons poignantes sur la scène finale de Butterfly Kiss à la place des Cranberries, mais ne nous noyons pas dans des digressions inutiles.On plonge ici de plein pied dans la vie intérieure, la vraie, celle qui peut nous ronger lentement, nous fait souffrir en silence et d’où peut aussi poindre la salvatrice lueur d’espoir qui nous redonnera du courage. Lina se livre ainsi à la meilleure des thérapies : faire sortir tout cela, plaquer avec parcimonie quelques accords de guitare électrique, tout en prenant son temps, comme dans les scènes quasi-immobiles de David Lynch pour mieux laisser le silence parler de lui-même. Et ça c’est la classe.Parce que c’est pas si simple d’arriver à exprimer une telle ribambelle d’émotions avec le strict nécéssaire, d’être aussi déterminée et incisive. Encore faut-il sonner juste — Lina n’a pas de problèmes de ce côté-là, puisqu’elle a commencé par le violon et la musique classique. Tout s’explique.Vous l’avez compris, on aime ce minimalisme acéré, sans détours, légèrement brut, triste mais apaisant, d’une honnêteté sans faille, sans aucun prisme déformant. Une belle sérénité se dégage de son phrasé et quand les guitares se font plus tranchantes, l’effet est imparable et l’énergie peut déferler. Les plus en phase pourront toujours exercer leurs cervicales et headbanger au ralenti sur les coups de tom dans Red Dawn sans risquer le port de la minerve.

Pari gagné Lina. Haut la main.