Dirty
Dirty The only thing I listen to is indie music. Always forget my earplugs before a show.

Quicksand - Interiors

Quicksand - Interiors

Epitaph (2017)

24 ans après un des albums les plus marquants de son époque, Quicksand revient pour se rappeler à notre bon souvenir.

Non pas qu’on les ait jamais oubliés, Slip est un album essentiel qu’on prend toujours plaisir à réécouter, mais Walter Schreifels était depuis longtemps passé à autre chose, que ce soit avec le très college radio Rival Schools ou plus récemment avec Vanishing Life.

Il n’est jamais facile pour de tels précurseurs de revenir après tant d’absence, l’exercice est toujours périlleux et la crainte d’écorcher le mythe est plus forte que tout pour les fans. On sait déjà d’avance qu’ils ne révolutionneront plus le genre, que le témoin à des groupes comme les Deftones - dont Sergio Vega le bassiste fait d’ailleurs maintenant partie — a été passé il y a belle lurette, à la fin des nineties pour être plus précis.On peut toujours questionner les intentions derrière un tel come-back, certains comme Polvo ou Dinosaur Jr ont réussit la prouesse de revenir plus forts que jamais, en faisant plus que rester fidèles à leur empreinte musicale et en proposant une continuité inespérée et inspirée à leur public fidèle. Un bon cru qui aura murît tranquillement et dont les arômes vous explosent les sens. Dès les premiers morceaux, on retrouve un peu nos marques, même si on nous présente ici une version beaucoup plus édulcorée des classiques de l’époque. Rien qu’au titre de l’album, on se doute que l’introspection risque de faire place à la tension omniprésente de leur prime jeunesse, mais si on réécoute bien de vieux titres comme Dine Alone, les passages atmosphériques ne sont pas chose nouvelle chez nos amis New-Yorkais. La différence est que sur Interiors le temps tourne au ralenti, les guitares se font moins incisives, on ne ressent plus la même urgence vindicative et l’exutoire si salvateur des débuts. Schreifels, à présent à l’aube de la cinquantaine regarde sûrement les choses de manières plus distante. Il y a bien quelques fulgurances mais elles restent assez brèves et peineront à réveiller les foules en concert. Non pas qu’on en soit à espérer que le public reprenne les nouveaux morceaux en cœur, et on se dit que c’est sûrement un mal pour un bien.La maturité rend l’ensemble plus diffus(-able ?), plus lisse, ça vient vous caresser dans le sens du poil, comme tous ces groupes de la nouvelle scène émo à la Pity Sex ou Adventures, avec qui Will Yip, aux manettes de la production a bossé auparavant. Quicksand n’a jamais renié son amour de la pop, sans pour autant se transformer en groupe de shoegaze. Le talent du quatuor fait que les compositions et la production sont suffisamment bien travaillées pour qu’on prenne plaisir à retrouver ce son indélébile, cette sourde puissance, par moment explosive à l’instar de leurs géniaux et éternels alter-ego de métal, Tool. La voix de Schreifels continue de nous guider dans la pénombre. En pleine débâcle politique, le doute et la peur sont plus que jamais présents aux USA, aussi Quickand a-t-il peut-être ressenti le besoin de continuer à porter le flambeau d’une scène qui en son temps s’opposait frontalement au pouvoir politique en place, Fugazi en tête.Ce voyage intérieur mérite tout de même le détour, il est bien agréable de se plonger à nouveau dans les méandres tortueux de ces compositions savamment construites, quitte à sombrer dans ses sables mouvants, pour mieux lever la tête et constater que les étoiles brillent toujours, que les feux d’artifices nous éclairent dans la nuit noire.L’étincelle est toujours là, forcément moins vive qu’hier, mais cela suffit pour nous guider et nous aider à garder le cap. Walter n’est pas devenu un monstre - comme dans l’album éponyme des aventures de Lapinot - bien au contraire,  son humanité est plus que jamais manifeste sur cet album qu’il faut prendre le temps d’explorer, comme tout bon grower qui se respecte. Si les écoutes successives ne peuvent suffire pas à combler le vide laissé pendant toutes ces années, on se laissera facilement séduire par ce nouveau visage.Schreifels démontre une fois de plus avec la facilité qui le caractérise qu’il reste à jamais une des personnalités majeures d’une scène qui fait cruellement défaut à la génération actuelle. Prenez-en de la graine.