Dirty
Dirty The only thing I listen to is indie music. Always forget my earplugs before a show.

The Afghan Whigs - In Spades

The Afghan Whigs - In Spades

Sub Pop (2017)

Parmi les mystères de l’univers à jamais insondables, on pourrait se demander pourquoi un groupe comme Afghan Whigs n’a jamais rencontré un succès plus large.

Ce n’est pas faute d’avoir aligné les tubes pourtant. Et malgré une séparation et une reformation dix ans plus tard à l’instar de Polvo - autre groupe culte qui aura droit lui aussi un jour à son petit hommage de notre part - ils ont su revenir la tête haute pour démontrer qu’ils n’avaient rien perdu de leur superbe et qu’ils en avaient encore sous la pédale.Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu’Afghan Whigs revient le 5 mai avec un nouvel album sur le label Sub Pop, celui là même qui leur a valu d’être qualifié à tort de groupe grunge alors que leur musique n’a rien à voir avec celle de Mudhoney ou Nirvana. Ça leur a tout de même permis de passer en boucle sur MTV à l’époque et dans Métal Express en France. Les fans dont je suis sont impatients de découvrir le résultat. Dommage que leur tournée européenne ne passe pas par la France — pays de meeeeerde — mais bon on veut bien aller à Barcelone, Londres ou Bruxelles pour aller écouter Greg Dulli s’égosiller.

À en juger par l’intrigante pochette en noir et blanc sur laquelle figure un démon géant dominant un champs de pyramides, on pourrait croire qu’ils ont viré Black Métal - ça aurait été marrant - mais il n’en est rien. Afghan Whigs reste un groupe de rock avec un brun ténébreux, qui lorgne à moitié vers le R&B des sixties.Sur le premier extrait Demon in Profile on reconnait immédiatement le groove du groupe. Rythme syncopé hyper carré, renforcé à grand coups de cuivres, le petit riff à la Wah-Wah qui va bien et la putain de voix de Dulli qui tient le tout. À peine le temps de nous replonger dans un univers de strass et de paillettes que le grand monsieur tire déjà sa révérence. Pour la suite il faudra encore patienter quelques semaines. Je suis frustration.

J’en profite donc pour ceux qui voudraient réviser la discographie du groupe que de chouettes rééditions sont sorties ces dernières années, agrémentées pour l’occasion d’inédits, de démos — les connaisseurs vous diront que c’est ce qu’il y a de meilleur — et d’enregistrements live. Les fans se jetteront sur Black Love (20th Anniversary Edition) et Gentlemen (Deluxe Edition) ressortis chez Elektra.Dès la rencontre de Dulli et du guitariste en prison pour outrage à agent, le côté transgressif est palpable. Il est manifeste dans des morceaux comme Miles iz dead dont le clip vidéo de l’époque est plus qu’explicite. Les problèmes d’addiction c’est une tradition très Rock’n’Roll, Dulli a lui même joué avec la coke pendant un moment. Dope.Son côté bipolaire est exacerbé sur des morceaux comme Honky’s Ladder où les guitares crient et miaulent tout comme cet éternel gentleman débonnaire possédé aimant fleurter avec les limites.Et quand la peine est trop grande, c’est à une femme qu’il demande de venir la chanter à sa place. Et Marcy Mays de nous éclabousser de sa classe folle, en tous points similaire à celle de l’auteur. Frissons garantis, ça sent le vécu. Ce morceau est dans mon top 5 des morceaux de ruptures car il vous prend aux tripes. Brillante idée que d’avoir été chercher une des premières riot grrrl sur ce coup. Sur scène, c’est propre et sans bavure, ça sonne nickel comme les ‘ricains savent si bien faire. Sur 1965 ils ne se cachent plus et ajoutent comme le Fender Rhodes, la choriste pour les backing, tout y est. Derrière une attitude tout en retenue, The Afghan Whigs savent très bien laisser parler leur musique et assurent le spectacle.Non vraiment ce groupe mérite amplement que l’on s’attarde sur son parcours semé de quelques véritables petits bijoux, pour peu qu’on ne soit pas allergique à leurs penchants avoués pour le R&B, le vrai, celui de la Motown et de Stax, pas de la daube actuelle qui ferait se retourner Otis Redding dans sa tombe. Que les fans du rock se rassurent, les diverses influences sont digérées, et plus que maîtrisées, vivement la suite.

Au mois de mai, fait ce qu’il te plait, on aurait bien tort de s’en priver.