Dirty
Dirty The only thing I listen to is indie music. Always forget my earplugs before a show.

Cursive - Vitriola

Cursive -  Vitriola

15 Passenger (2018)

Une saloperie d’ulcère et un nouveau label plus tard Tim Kasher, le très charismatique et actif leader de Cursive revient avec ses potes avec l’intention d’y aller de son coup de gueule.

Le titre de l’album annonce la couleur : Vitriola, un portait au vitriole donc, ou plutôt une réaction à vif sur notre société, dont on sent bien qu’elle part en live, avec ce bruit de fond tout pourri. Non, ce ne sont pas des acouphènes et ce n’est pas une raison pour se boucher les oreilles pour autant.

Sur ce nouveau manifeste, les guitares entrent aussi énergiquement que dix-huit ans auparavant lors la première claque à l’écoute de The Casualty et The Martyr sur Domestica. Comme si Tim avait décidé d’occuper le siège laissé vacant par Ian McKaye et Fugazi à l’époque. Une influence digérée, avec une production très différente, qui ne connaîtra jamais sa véritable heure de gloire.

Sur le papier, ça ne ressemble pas à une énième reformation de groupe passé aux oubliettes, davantage à une urgence de revenir participer à la contestation qui gronde.

Musicalement ça se ressent à l’écoute du premier extrait. En attendant de juger de l’ensemble sur pièce, nous vous invitons déjà à (retourner) piocher des classiques dans la discographie : le tryptique Domestica, The Ugly Organ, Happy Hollow résume bien l’essence du groupe.

Cursive a reformé pour l’occasion son line-up de 2006, a travaillé avec le même producteur, et le disque sort sur leur propre label 15 Passenger — comme si avoir participé à Saddle Creek Records ce n’était pas une contribution suffisante au monde de l’indie rock. OK, ça s’est fait.

Aussi DIY l’esprit soit-il, ça n’empêche en rien le groupe d’être aussi présent sur Spotify, qui a déjà généré la playlist qui va bien grâce à un savant algorithme de machine learning, l’exploitation des données a parfois du bon. À priori, nous sommes peu pour le moment à nous réjouir de la sortie de ce nouvel album, essayons quand même modestement de contribuer à un éveil des consciences.

Pour le moment pas de tournée en Europe de programmée, pas toujours facile de soutenir les artistes qu’on aime.

Le premier single, Life Savings, parle de fric, celui après lequel tout le monde continue de courir, et qu’on ne voit plus trop puisqu’il a physiquement disparu petit à petit avec la numérisation. Attention à la panne générale, mettez du cash dans votre bas de laine si vous voulez pas devenir dingo. Plutôt angoissant en effet.

Le morceau commence comme un petit clin d’oeil au riff de Waiting Room, avec ses saccades de guitare rythmique étouffées, puis la touche Cursive arrive, quelques nappes de clavier pour ajouter à l’inquiétude, un maniement redoutable de l’archet de violoncelle, et vas-y que j’insiste sur la section rythmique, avant d’ouvrir le morceau sur une outro explosive et de clamer :

You sell the dream to me. You do it for the money.

Alors nous on vend juste du rêve, c’est du travail bénévole et gratuit. Vivement le revenu universel, qu’on puisse acheter l’album à sa sortie.